Difficile de continuer à le nier, le réchauffement climatique a de plus en plus d’impact sur notre planète. Multiplication des catastrophes climatiques, qualité de l’air, incidences sur la santé, les populations, il devient urgent de faire réellement quelque chose. Et si les arbres étaient l’une des solutions ? Friands de dioxyde de carbone (CO₂), ils peuvent contribuer à atténuer les effets du changement climatique. D’accord ! mais alors, quels arbres planter ? la bellenergie vous répond.
Pourquoi les arbres sont-ils importants face au changement climatique ?
Ok, des arbres pour lutter contre le réchauffement climatique, mais alors comment ça marche ?
Comprendre le réchauffement climatique
L’une des raisons pour laquelle le climat se réchauffe de plus en plus est que l’activité humaine (industrie, transport…) émet beaucoup de gaz, tel que le dioxyde de carbone, qui restent dans l’air. Cette accumulation de gaz dans l’atmosphère conduit à ce qu’on appelle l’effet de serre. Cela crée une sorte de couverture autour de la Terre qui empêche la chaleur de s’échapper et mécaniquement fait grimper la température. Les conséquences du réchauffement climatique sont multiples : températures record, phénomènes météorologiques extrêmes, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer… Ces changements menacent la biodiversité, l’approvisionnement alimentaire et accélèrent les problèmes environnementaux.

Les arbres absorbent et stockent du CO₂
Pour grandir, les arbres captent du dioxyde de carbone (CO₂) présent dans l’atmosphère grâce à la photosynthèse.
Pour faire simple, les végétaux utilisent la lumière du soleil pour transformer l’eau et le CO₂ en matière organique nécessaire à leur développement. Une partie du carbone capté se retrouve ainsi stockée dans leur tronc, leurs branches, leurs racines mais aussi, indirectement, dans les sols.
Les arbres et les forêts constituent donc ce que l’on appelle des puits de carbone.
Mais leur capacité d’absorption n’est pas illimitée et peut elle-même être fragilisée par le changement climatique. En France, le Citepa estimait que le secteur regroupant l’utilisation des terres et les forêts constituait un puits net d’environ 52 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024, soit l’équivalent d’environ 14% des émissions des autres secteurs.
La capacité de ce puits s’est cependant fortement dégradée depuis le milieu des années 2010, notamment sous l’effet des sécheresses répétées, des maladies, du ralentissement de la croissance des arbres et de l’évolution des prélèvements de bois.
Plus simplement : les arbres participent à la lutte contre le réchauffement climatique, mais les forêts sont elles-mêmes victimes de ses conséquences.
Ils contribuent à rafraîchir leur environnement
Le rôle des arbres ne se limite pas au stockage du carbone.
Grâce à leur feuillage, ils créent de l’ombre et limitent l’exposition directe des sols, des façades ou des espaces publics au rayonnement solaire. Ils contribuent également au rafraîchissement de l’air grâce à l’évapotranspiration : l’eau absorbée par leurs racines est en partie rejetée dans l’atmosphère sous forme de vapeur d’eau.
Selon un chiffre notamment repris par l’ADEME, un arbre mature peut évaporer jusqu’à 450 litres d’eau par jour lorsque les conditions le permettent, un phénomène qui participe au rafraîchissement de son environnement.
Ce service est particulièrement intéressant en ville, où la végétation constitue l’un des leviers permettant de lutter contre les îlots de chaleur urbains.
Ils rendent de nombreux autres services à l’environnement
Les arbres ne sont pas seulement des « aspirateurs à CO₂ ». Ils participent également :
- à l’accueil et au maintien de la biodiversité ;
- à la régulation du cycle de l’eau et du ruissellement ;
- à la protection des sols contre l’érosion ;
- à la filtration de certains polluants atmosphériques ;
- à l’amélioration du cadre de vie ;
- à la création de zones d’ombre particulièrement appréciables lors des fortes chaleurs.
C’est pourquoi le choix d’un arbre ne devrait pas reposer uniquement sur la quantité de CO₂ qu’il peut théoriquement absorber.

Quels arbres planter pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Il n’existe pas un arbre unique qui serait systématiquement meilleur que tous les autres pour le climat.
Un arbre qui pousse très vite mais dépérit après quelques années faute d’eau n’est pas nécessairement un meilleur choix qu’une essence à croissance plus lente capable de vivre plusieurs décennies.
Pour qu’une plantation soit réellement bénéfique, il faut donc rechercher des arbres adaptés au lieu où ils sont plantés et aux conditions climatiques auxquelles ils seront confrontés demain.
Des arbres adaptés au climat local… et au climat futur
Pendant longtemps, le conseil consistait surtout à choisir une essence adaptée au climat actuel de la région. Avec le changement climatique, il faut désormais regarder plus loin.
Sécheresses plus fréquentes, vagues de chaleur, assèchement des sols, incendies ou développement de certains ravageurs peuvent modifier les conditions dans lesquelles les arbres devront évoluer au cours des prochaines décennies.
L’Office national des forêts expérimente d’ailleurs différentes essences et provenances afin d’identifier celles susceptibles de mieux résister à des climats plus chauds et plus secs.
Cela ne signifie pas qu’il faille remplacer systématiquement les espèces locales par des essences venues de régions plus chaudes. Le choix doit être réalisé au cas par cas, en tenant compte du sol, de l’eau disponible, du climat, de la biodiversité locale et de l’évolution climatique attendue.
Des arbres résistants à la chaleur et à la sécheresse
Avec l’augmentation des épisodes de chaleur et de sécheresse, la résistance au manque d’eau devient un critère particulièrement important.
Selon les territoires et les caractéristiques du terrain, certaines essences peuvent présenter une meilleure tolérance aux conditions chaudes ou sèches. C’est notamment le cas de plusieurs espèces méditerranéennes comme le chêne vert, l’érable de Montpellier ou l’arbousier.
Mais là encore, impossible d’établir une liste universelle. Une essence adaptée au climat méditerranéen ne conviendra pas nécessairement à un sol humide du nord de la France ou à une zone de montagne.
Des arbres capables de vivre longtemps
La durée de vie compte également. Lorsqu’un arbre grandit, le carbone qu’il absorbe est progressivement stocké dans sa biomasse. Préserver des arbres en bonne santé sur une longue période permet donc de conserver ce carbone stocké tout en maintenant les nombreux services qu’ils rendent à leur environnement.
Des espèces connues pour leur longévité, comme certains chênes, peuvent ainsi jouer un rôle intéressant lorsque les conditions locales leur conviennent.
Faut-il privilégier les arbres à croissance rapide ?
On pourrait être tenté de penser que l’arbre qui pousse le plus vite est forcément celui qui lutte le mieux contre le changement climatique. Mais c’est plus compliqué.
Une croissance rapide peut permettre de capter du carbone rapidement. C’est notamment l’un des intérêts d’espèces comme certains peupliers. Mais la vitesse de croissance n’est qu’un critère parmi d’autres.
Il faut également tenir compte :
- de la longévité de l’arbre ;
- de sa résistance aux sécheresses et aux fortes chaleurs ;
- de ses besoins en eau ;
- de sa vulnérabilité aux maladies et aux ravageurs ;
- de son intérêt pour la biodiversité ;
- du devenir du carbone stocké à long terme.
Mieux vaut donc rechercher le bon arbre au bon endroit plutôt que l’arbre qui pousse le plus vite.
Quels arbres choisir selon sa région ?
La France présente une grande diversité de climats et de sols. Il est donc difficile de recommander une essence uniquement à partir d’une carte géographique. À titre indicatif, certaines espèces sont traditionnellement associées à différents contextes :
- dans le nord et les régions tempérées : charme commun, bouleau pubescent, aulne glutineux, érable champêtre ou certains peupliers ;
- dans les régions méditerranéennes : chêne vert, arbousier, érable de Montpellier ou certaines variétés d’oliviers ;
- en montagne : différentes espèces de pins ou d’ormes de montagne, selon l’altitude et les conditions locales ;
- sur le littoral : certaines espèces tolérant davantage le vent, les embruns et la salinité peuvent être privilégiées.
Cette liste ne constitue toutefois pas une recommandation de plantation en tant que telle. Deux terrains situés dans une même région peuvent avoir des sols, une exposition ou une disponibilité en eau très différents.
Avant de planter, mieux vaut donc étudier les caractéristiques précises du terrain et, pour les projets importants, demander conseil à un professionnel ou utiliser les outils d’aide au choix disponibles.
Diversifier les espèces : un principe essentiel
Autre point important : éviter de tout miser sur une seule essence.
Une plantation composée d’espèces et, lorsque cela est pertinent, de provenances différentes est généralement moins vulnérable à un aléa susceptible d’affecter massivement une essence particulière.
Cette diversification fait partie des stratégies étudiées par les gestionnaires forestiers pour préparer les forêts au changement climatique.
L’ONF cherche notamment à développer des peuplements diversifiés en essences, en âges et en structures. L’objectif : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et améliorer la résilience des forêts face aux sécheresses, maladies, ravageurs ou incendies.

Comment réussir une plantation d’arbres ?
Choisir une essence adaptée est essentiel. Lui permettre de survivre et de se développer pendant plusieurs décennies l’est tout autant.
Pour mettre toutes les chances du côté de son arbre, plusieurs précautions s’imposent :
- analyser le climat, le sol, l’exposition et la disponibilité en eau ;
- diversifier les espèces lorsque plusieurs arbres sont plantés ;
- prévoir dès la plantation la taille qu’atteindra l’arbre adulte, aussi bien au-dessus que sous terre ;
- anticiper ses besoins en eau sans choisir une espèce trop gourmande dans une zone régulièrement soumise aux sécheresses ;
- éviter les espèces invasives susceptibles de perturber les écosystèmes locaux ;
- tenir compte des éventuelles contraintes liées aux allergies, aux fruits, aux racines ou à la proximité des bâtiments ;
- assurer un suivi des jeunes arbres durant leurs premières années.
La plantation n’est donc que la première étape. Un arbre qui ne survit pas suffisamment longtemps ne pourra pas fournir les bénéfices climatiques et écologiques attendus.
Zoom sur l’outil Sesame pour aider les villes à choisir les bons arbres
Pour aider notamment les collectivités et les aménageurs à faire les bons choix, le Cerema a développé l’outil Sésame, pour « Services ÉcoSystémiques rendus par les Arbres, Modulés selon l’Essence ».
L’objectif n’est justement pas de désigner « le meilleur arbre », mais d’identifier les espèces adaptées à un projet donné en croisant les caractéristiques du lieu, les contraintes et les services recherchés.
L’outil prend notamment en compte le rafraîchissement du climat urbain, le stockage du carbone, la biodiversité, la qualité de l’air, le ruissellement ou encore certaines contraintes propres aux espèces.
Un bon réflexe pour planter… sans se planter !
Planter de nouveaux arbres ou protéger ceux qui existent déjà ?
Les deux. Mais lorsqu’un arbre adulte est en bonne santé, le conserver est particulièrement précieux.
Un arbre déjà développé dispose d’un tronc, de branches et de racines qui stockent du carbone et fournit immédiatement de nombreux services : ombrage, évapotranspiration, habitat pour la biodiversité, infiltration de l’eau…
Un jeune plant mettra plusieurs années, voire plusieurs décennies, avant d’atteindre une taille comparable.
Planter de nouveaux arbres permet donc de préparer l’avenir, mais cela ne doit pas servir de prétexte pour négliger les arbres et les forêts déjà présents.

Des programmes de plantation et d’adaptation en France et dans le monde
En France, renouveler les forêts face au changement climatique
La France s’est engagée à planter un milliard d’arbres d’ici 2032 pour renouveler environ 10% de sa forêt.
Au-delà du nombre d’arbres plantés, l’enjeu est surtout de permettre aux forêts françaises de continuer à assurer leurs fonctions écologiques, climatiques, économiques et sociales dans un environnement qui évolue rapidement.
En Bretagne, le Plan Arbre vise désormais 2028
En Bretagne aussi, les politiques de plantation continuent d’évoluer.
La Région porte désormais un Plan Arbre visant la plantation de 5 millions d’arbres supplémentaires d’ici 2028. Il s’appuie notamment sur les dispositifs Breizh Bocage et Breizh Forêt Bois.
Ce dernier soutient différents projets de boisement, de transformation ou d’amélioration des peuplements forestiers.
Au Kenya, un objectif de 15 milliards d’arbres
À une tout autre échelle, le Kenya poursuit sa campagne visant à planter 15 milliards d’arbres d’ici 2032, avec l’ambition de restaurer les écosystèmes dégradés et renforcer la résilience des populations..
L’exemple illustre l’ampleur que peuvent prendre les programmes de restauration des écosystèmes. Mais, quel que soit le nombre annoncé, la réalité du terrain impose des nuances : malgré des vagues massives de plantation, la couverture forestière nationale stagne, freinée par des sécheresses sévères et une déforestation persistante.
L’efficacité réelle de ces projets dépend donc moins du volume de graines semées que du taux de survie des jeunes pousses, du choix d’essences adaptées au climat aride et du virage actuel vers une « économie de l’arbre » qui incite le secteur privé à financer la préservation durable de ces écosystèmes restaurés.
Planter des arbres suffit-il pour lutter contre le réchauffement climatique ?
Non. Et c’est probablement le point le plus important à retenir. À l’échelle mondiale, les forêts constituent toujours un immense réservoir de carbone. Selon l’évaluation 2025 de la FAO, elles couvrent environ 4,14 milliards d’hectares, soit près d’un tiers des terres émergées.
Sur la période 2021-2025, les terres forestières mondiales ont absorbé en moyenne environ 3,6 milliards de tonnes de CO₂ par an. Protéger les forêts existantes est donc au moins aussi important que d’en créer de nouvelles.
La FAO estime par ailleurs que la déforestation et la dégradation des forêts représentent environ 11% des émissions mondiales de CO₂.
Mais même en protégeant mieux les forêts et en plantant davantage d’arbres, une réalité demeure : les arbres ne peuvent pas compenser indéfiniment nos émissions de gaz à effet de serre.
Lutter contre le changement climatique nécessite d’abord de réduire ces émissions, notamment en diminuant notre dépendance aux énergies fossiles. La préservation des forêts, la reforestation et la plantation d’arbres constituent des leviers complémentaires, pas des solutions de remplacement.
Et lorsque de grands arbres sont déjà là, la première chose à faire reste souvent… d’en prendre soin.
Pour aller plus loin