COP30 à Belem Brésil
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COP30 : là où les engagements prennent racine pour la planète

Publié le 10 novembre 2025

Mis à jour le 24 novembre 2025

Belém, la scène mondiale de l’action climatique

Du 10 au 21 novembre 2025, la ville de Belém, nichée au cœur de l’Amazonie brésilienne, est devenue le centre névralgique de la lutte contre le dérèglement climatique. Pour cette 30ᵉ Conférence des Parties (COP30), les dirigeants du monde entier, scientifiques, ONG, entreprises ou encore associations se sont réunis pour transformer les engagements en actions concrètes. Cette édition, placée sous la présidence du Brésil, a marqué le lancement d’un nouveau cycle de contributions nationales (CDN), qui fixeront les objectifs climatiques à l’horizon 2035.

Le choix de Belém était hautement symbolique. Située au nord-est du Brésil, cette ville se trouve au cœur d’un territoire vital pour l’équilibre climatique mondial. L’Amazonie, qui s’étend sur 6,9 millions de km², abrite plus de 34 millions de personnes et joue un rôle essentiel dans la régulation du climat, la sécurité hydrique et la préservation de la biodiversité.

Belém est ainsi devenue le symbole d’une COP tournée vers l’action, la justice sociale et la protection des écosystèmes. Dans un pays encore fortement dépendant des énergies fossiles, un autre modèle apparaissait possible.

Belém, la scène mondiale de l’action climatique

Le programme officiel, structuré autour de journées thématiques, couvrait plus de 30 enjeux interconnectés : énergie, biodiversité, agriculture, villes durables, droits humains, technologies vertes, etc. Chaque journée était pensée comme un accélérateur de solutions concrètes, pour relier les décisions internationales aux réalités du terrain.

L’objectif affiché était clair : rehausser l’ambition climatique collective, combler le déficit d’action et accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Car face à l’urgence climatique, chaque décision compte. Et à Belém, chaque voix pouvait contribuer à façonner un avenir plus juste, durable et profondément solidaire.

Les enjeux globaux de la COP30

Depuis 1850, la planète se réchauffe à un rythme sans précédent. Les bandes du réchauffement climatique le montrent clairement : chaque année compte.

Ces « warming stripes », conçues en 2018 par le climatologue britannique Ed Hawkins (Université de Reading), traduisent visuellement plus d’un siècle et demi de réchauffement climatique. Alignées de manière chronologique, elles représentent les températures moyennes annuelles : chaque trait correspond à une année, du bleu pour les plus froides au rouge pour les plus chaudes.

Bande du réchauffement climatique mondial
Source : Ed Hawkins / University of Reading — showyourstripes.info

Face à ce constat sans équivoque, la COP30 s’articulait autour de plusieurs enjeux majeurs.

Redonner souffle au multilatéralisme

Dans un contexte international marqué par les tensions et les fractures, la COP30 devait prouver que la coopération internationale n’était pas un simple slogan, mais une méthode.

L’enjeu consistait à faire du multilatéralisme une méthode d’action, pas seulement un principe affiché.

De l’énergie à l’industrie, des villes à l’éducation, des droits humains à la bioéconomie, les journées thématiques visaient à relier le texte des décisions à l’action locale : plans de résilience urbaine, solutions fondées sur la nature, économie circulaire, innovations sobres en carbone.

Pour les acteurs publics et les entreprises, cette COP représentait une opportunité de renforcer les coalitions existantes, d’en créer de nouvelles, et surtout de les rendre mesurables, reproductibles et utiles. Car face à l’urgence climatique, l’action collective ne peut plus attendre.

Évaluer et renforcer l’ambition climatique

Cap sur les Contributions Déterminées au niveau National (CDN), véritable boussole de l’Accord de Paris. Ces plans, élaborés par chaque pays, fixent leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En 2025, une nouvelle série de CDN était attendue, avec une échéance fixée à 2035. Un moment charnière pour vérifier si le monde tenait encore la trajectoire de 1,5 °C.

Car la question reste entière : sommes-nous sur la bonne voie ? Pour l’instant, selon les dernières analyses du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les engagements actuels placent la planète sur une trajectoire de +2,4 à +2,6 °C d’ici la fin du siècle, bien au-delà du seuil de sécurité climatique.

Le GIEC le rappelle : chaque fraction de degré compte. Entre 1,5 °C et 2 °C de réchauffement, les impacts changent d’échelle : canicules plus intenses, pertes agricoles accrues, montée du niveau des mers, effondrement des récifs coralliens. Dépasser 1,5 °C de façon durable, c’est risquer d’activer des points de bascule irréversibles pour les écosystèmes et les sociétés humaines.

Dans ce contexte, la COP30 était présentée comme la conférence du sursaut. Elle devait :

  • Passer au crible les nouvelles CDN, en couvrant tous les gaz à effet de serre, y compris le méthane, puissant accélérateur du réchauffement ;
  • Aligner les trajectoires nationales sur des objectifs crédibles : neutralité carbone, sobriété énergétique, doublement de l’efficacité ;
  • Donner une direction claire aux secteurs clés : sortie progressive et équitable des énergies fossiles, électrification propre, transformation profonde des systèmes industriels et de transport.

L’enjeu dépassait la simple mise à jour d’engagements : il s’agissait de garantir leur mise en œuvre effective, avec des plans concrets, mesurables et compatibles avec les limites planétaires.

Évaluer et renforcer l’ambition climatique

Faire de la mise en œuvre la priorité

La COP30, dix ans après l’adoption historique de l’Accord de Paris, s’annonçait comme un tournant décisif. Fini le temps des grandes déclarations : l’objectif affiché était de passer des mots aux actes.

Belém devait devenir le symbole de ce changement d’échelle, celui où l’ambition climatique se mesure en réalisations concrètes, en politiques publiques qui transforment, en investissements qui accélèrent, en innovations qui comptent.

Cette volonté s’incarnait dans un programme riche, où chaque journée mettait en lumière un levier clé : énergie, industrie, transport, forêts, agriculture, villes, justice sociale. Le cap était fixé : tripler les capacités renouvelables, doubler l’efficacité énergétique et amorcer une sortie ordonnée et équitable des énergies fossiles. Un cap ambitieux, mais indispensable pour contenir le réchauffement sous 1,5 °C.

La COP30 se voulait être une mobilisation générale, un véritable mutirão (action collective au service du bien commun) mondial, une alliance d’acteurs publics, privés et citoyens. L’idée : fédérer toutes les forces disponibles autour de projets concrets.

Mais cette ambition ne pouvait se concrétiser sans moyens. C’est pourquoi parmi les initiatives phares de cette édition, le financement climatique était au cœur des discussions. Le Tropical Forest Forever Facility vise à mobiliser 125 milliards de dollars pour rémunérer la préservation des forêts tropicales, véritables puits de carbone. En parallèle, la « feuille de route de Bakou à Belém » appelle à porter les financements climatiques internationaux à 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035.

À Belém, la COP30 voulait prouver que le climat n’est pas qu’un sujet diplomatique. C’est une réalité sociale, économique et écologique. Et c’est sur cette base que devait s’opérer la transformation.

Justice climatique et inclusion

Enfin, et surtout : l’équité. Derrière les grandes négociations climatiques, un fait demeure : la transition ne peut réussir que si elle est juste et partagée. La COP30, organisée au cœur de l’Amazonie, rappelait avec force que la justice climatique commence là où le climat se vit au quotidien, dans les territoires, auprès de celles et ceux qui protègent les forêts, cultivent les sols, innovent dans les villes et entreprennent autrement.

Cette année-là, la voix des peuples autochtones a résonné plus fort que jamais. Représentant moins de 5% de la population mondiale, ces communautés vivent ou travaillent pourtant sur une grande partie des écosystèmes terrestres. Leur rôle est vital, mais leurs droits sont trop souvent ignorés. Leurs territoires, eux, continuent d’être menacés par la déforestation, l’extraction ou l’agro-industrie. Au Brésil, entre août 2024 et mai 2025, la déforestation a bondi de 9,1%, avec un pic de 92% rien qu’en mai, selon l’Institut national de recherches spatiales (INPE).

Sur le terrain, ces communautés ne sont pas de simples témoins : elles sont en première ligne.

Leur savoir ancestral, leur lien au vivant et leurs pratiques durables font d’elles des alliées essentielles de la préservation climatique. Les études le confirment : là où les peuples autochtones gèrent les terres, les taux de déforestation sont nettement plus faibles. Pourtant, beaucoup restent exclus des décisions internationales, faute de moyens, d’accès, ou de reconnaissance. Leur place ne doit plus se limiter aux marges des conférences, mais être au cœur de la gouvernance.

La COP30 avait donc une responsabilité immense : devenir un véritable carrefour des savoirs, où la science moderne dialogue avec les connaissances ancestrales, où jeunes, communautés locales et entreprises avancent ensemble vers une même transition.

Justice climatique et inclusion

Les journées thématiques : un programme ambitieux

Le programme des journées thématiques dessinait une véritable feuille de route de l’action climatique : chaque séquence explorait un pan essentiel de la transition, de l’adaptation à la justice sociale, de l’énergie à la biodiversité, jusqu’à l’innovation technologique. Ce format incarnait une conviction : la transformation ne se décrète pas, elle se construit pas à pas, territoire par territoire.

DatesThématiques clés
6–7 novembreSommet des chefs d’État et de gouvernement
10 novembreOuverture officielle de la COP30
10–11 novembreAdaptation et résilience : Villes, infrastructures, eau, déchets, bioéconomie, économie circulaire, tourisme
12–13 novembreDéveloppement humain et justice sociale : Santé, emploi, éducation, culture, droits humains, information, conditions de travail
14–15 novembreTransformation des systèmes : Énergie, industrie, transports, finance, commerce, marchés carbone, gaz non-CO₂
16 novembreJour de repos
17–18 novembrePlanète vivante et communautés locales : Forêts, océans, biodiversité, peuples autochtones, communautés locales et traditionnelles et jeunes
19–20 novembreAlimentation, agriculture et équité à la source : Agroécologie, sécurité alimentaire, pêche, genre, inclusion sociale / Science, technologie et intelligence artificielle
21 – 22 novembreFinalisation des négociations

Bilan de la COP30 : un accord qui préserve la coopération internationale, mais pas l’ambition climatique attendue

La COP30 s’achève sur un constat nuancé. Si le sommet a confirmé l’importance du multilatéralisme et posé de nouveaux jalons pour financer l’action climatique, il n’a pas réussi à obtenir un engagement clair sur la transition hors des combustibles fossiles, pourtant cœur du problème climatique.

Un accord sans référence explicite aux énergies fossiles

L’enjeu central de cette COP était clair : inscrire noir sur blanc une trajectoire mondiale de sortie des énergies fossiles, une revendication portée par plus de 80 pays européens, des États insulaires et plusieurs pays latino-américains. Mais dans les faits l’accord final ne mentionne toujours pas de sortie des énergies fossiles, ni de calendrier commun. Le texte reprend les formulations volontaires héritées de la COP28 et encourage la transformation des systèmes énergétiques, mais sans ligne directrice contraignante.

Deux feuilles de route ont toutefois été annoncées pour les mois à venir :

  • une pour stopper et inverser la déforestation ;
  • une pour accompagner la transition hors des combustibles fossiles, axée sur une transition juste.

Des avancées sur le financement climatique

Sur le volet financier, les négociations ont permis de fixer un cap : mobiliser 1  300 milliards de dollars par an d’ici 20351 principalement sous la conduite des pays développés, pour financer la transition, l’adaptation et la protection des écosystèmes.

Le texte prévoit également un triplement de l’aide pour l’adaptation des pays en développement d’ici 2035. Cette enveloppe servira à renforcer les infrastructures, protéger les populations vulnérables et préparer les systèmes agricoles aux sécheresses et tempêtes.

D’autre part, le fonds pour pertes et dommages, amorcé à la COP28, devient opérationnel avec des cycles de reconstitution validés.

Un tournant, mais pas le sursaut espéré

Belém restera comme la COP de la coopération et des financements renforcés, mais aussi comme celle où l’ambition climatique a manqué de souffle. Le défi est désormais clair : transformer ces engagements en actions concrètes pour contenir le réchauffement sous 1,5 °C.


Sources :

  1. Nations Unies – COP30 à Belém : le financement climatique renforcé, la sortie des combustibles fossiles reste à tracer ↩︎

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