PPE 3 : pourquoi cette feuille de route était très attendue par le secteur
Après plus de 2 ans d’attente, la Programmation pluriannuelle de l’énergie 2026-2035 (PPE 3) est enfin publiée1. Pour le grand public, cela peut sembler technique. Pour le secteur de l’énergie, c’est un moment clé. Car sans cette feuille de route officielle, impossible de lancer de nouveaux projets à grande échelle.
Et nouveauté importante de cette édition : la PPE 3 intègre pour la première fois une clause de revoyure en 2027. Cela signifie que les perspectives pourront être ajustés en fonction de l’évolution de la consommation, du contexte économique, des avancées technologiques ou encore des orientations politiques issues des prochaines échéances électorales.
Le cap est fixé, mais la trajectoire reste adaptable.
Un cadre indispensable pour relancer les projets
La PPE est un document qui fixe les objectifs chiffrés de production et de consommation d’énergie pour les dix prochaines années : combien de nucléaire, combien d’éolien en mer, combien de solaire photovoltaïque, quelle place pour l’hydroélectricité ou les gaz renouvelables.
Concrètement, ce cadre permet à l’État d’organiser des appels d’offres pour de nouvelles installations. Les industriels, les territoires et les sous-traitants ont besoin de cette visibilité pour se projeter.
La Commission de Régulation de l’Énergie2 (CRE) l’a d’ailleurs souligné : la publication de la PPE donne enfin une perspective claire aux filières, en matière d’investissements, de recrutements et de plan d’activité.
Programmation pluriannuelle de l’énergie : à quoi sert-elle ?
La Programmation pluriannuelle de l’énergie définit la trajectoire énergétique de la France pour 2 périodes successives de 5 ans, ici jusqu’en 2035. Elle précise :
- comment l’énergie consommée sera produite ;
- quels investissements seront engagés ;
- et comment évoluera le mix énergétique français.
Souveraineté, neutralité carbone, compétitivité : les 3 piliers affichés
La PPE 3 repose officiellement sur 3 priorités3.
D’abord, la souveraineté énergétique. La France importe encore massivement du pétrole et du gaz, pour un coût estimé à environ 60 milliards d’euros par an. Réduire cette dépendance est présenté comme un enjeu stratégique majeur.
Ensuite, la neutralité carbone à l’horizon 2050, en cohérence avec la Stratégie nationale bas carbone et les engagements européens. La trajectoire annoncée vise à transformer en profondeur notre mix énergétique : passer d’environ 60% d’énergies fossiles dans la consommation finale à 60% d’énergies décarbonées d’ici 2030.
Enfin, la compétitivité des prix. Le gouvernement insiste sur le fait que l’électrification et le développement d’une production nationale décarbonée doivent contribuer à stabiliser les prix et à limiter l’exposition aux fluctuations du pétrole et du gaz.
En résumé, la PPE 3 trace une trajectoire qui touche directement notre quotidien : comment nous nous chauffons, comment nous nous déplaçons, et à quel prix nous consommerons l’énergie dans les années à venir.

Les grandes ambitions chiffrées de la PPE 2026-2035
Une ambition structurante : développer l’électricité décarbonée
Première ligne de conduite : augmenter fortement la production d’électricité décarbonée en France.
Aujourd’hui, la France produit déjà une électricité très majoritairement bas carbone (environ 95%, grâce au nucléaire et aux renouvelables). Mais cela ne suffit pas. Pourquoi ?
D’une part car l’électricité reste encore minoritaire dans la consommation d’énergie totale en France : nous utilisons encore massivement du pétrole et du gaz pour nous chauffer, nous déplacer ou faire fonctionner certains secteurs industriels.
D’autre part, car il faut préparer l’avenir : la consommation d’électricité doit augmenter progressivement dans les prochaines années.
La PPE 2026-2035 prévoit donc de porter la production d’électricité décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023.
L’enjeu est très concret : réduire notre dépendance aux importations d’énergies fossiles. Moins de pétrole et de gaz importés, c’est plus de souveraineté. Et potentiellement plus de stabilité sur les prix.
Une électrification massive des usages
Pour atteindre ces prévisions, produire plus d’électricité bas carbone ne suffit pas. Il faut aussi en consommer davantage, en remplacement des énergies fossiles.
C’est tout le sens de la stratégie d’électrification des usages confirmée par la PPE 3.
Industrie, bâtiment, mobilité, numérique : tous les secteurs sont concernés. La demande d’électricité est estimée à environ 618 TWh en 2035, en hausse par rapport aux niveaux récents. Cette augmentation doit accompagner la sortie progressive du pétrole et du gaz.
Un plan national d’électrification est d’ailleurs annoncé pour 2026 afin de détailler comment accélérer cette bascule.
En clair pour les particuliers, est notamment prévu :
- le déploiement de 170 000 bornes de recharge publiques pour accompagner la montée en puissance des véhicules électriques ;
- le projet de 100% de voitures électriques neuves vendues en 2035 ;
- une accélération du déploiement des pompes à chaleur pour remplacer les chaudières fossiles ;
- la poursuite d’aides comme MaPrimeRénov’ et les dispositifs d’autoconsommation.
Autrement dit, la transition ne se joue pas uniquement dans les centrales électriques. Elle se joue aussi dans nos choix d’énergie au quotidien.
La PPE 3 pose donc un cadre ambitieux : produire davantage d’électricité verte et décarbonée, en consommer différemment et réduire progressivement notre dépendance aux énergies fossiles importées. Reste désormais à observer comment ces orientations se matérialiseront, dans les faits, sur le terrain et dans le quotidien des Français.
Relance du nucléaire : un tournant assumé
S’il y a un point sur lequel la PPE 3 marque une rupture nette avec la précédente programmation, c’est bien le nucléaire.
Là où la PPE 2 prévoyait des fermetures de réacteurs, la nouvelle feuille de route acte clairement une relance du nucléaire français avec la confirmation de la construction de nouvelles centrales.
6 nouveaux réacteurs nucléaires
Première annonce : la construction de 6 réacteurs EPR2 de nouvelle génération.
Ces réacteurs doivent permettre de renouveler progressivement le parc, avec des premières mises en service envisagées à partir de 2038. La PPE prévoit également une option pour 8 EPR2 supplémentaires.
Ce choix s’inscrit dans la continuité du discours de Belfort de 2022 et traduit une volonté politique affirmée.
Un objectif de production nucléaire renforcé
La PPE 2026-2035 prévoit de porter la production nucléaire entre 380 et 420 TWh par an d’ici 2030-2035, contre environ 320 TWh en 2023.
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont mobilisés :
- Prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de 50 voire 60 ans, lorsque les conditions de sûreté le permettent ;
- Montée en puissance progressive de l’EPR de Flamanville.
Dans la logique de la PPE, le nucléaire reste dominant dans le mix français.
Une filière industrielle mobilisée : 100 000 recrutements annoncés.
La PPE mentionne environ 100 000 recrutements dans la filière nucléaire dans les années à venir. Ingénierie, maintenance, construction, cycle du combustible, etc. Toute la chaîne de valeur est concernée.
Au-delà de l’enjeu climatique, la relance nucléaire est donc aussi présentée comme un levier de réindustrialisation, de création d’emplois et de montée en compétences.
Un choix stratégique mais pas isolé
Ce virage pro-nucléaire ne signifie pas l’abandon des énergies renouvelables. La PPE insiste sur la complémentarité entre nucléaire et EnR : l’un assure la stabilité et la puissance pilotable, les autres apportent flexibilité et ancrage territorial.
Reste que dans cette nouvelle programmation, le nucléaire sort clairement renforcé.

Les énergies renouvelables : accélération ciblée, ajustements assumés
Avec la PPE 3, les énergies renouvelables restent un pilier du futur énergétique français. Mais le ton change.
On ne parle plus d’expansion tous azimuts. On parle de développement maîtrisé, compatible avec le réseau, les territoires et les contraintes industrielles.
Le message du gouvernement est clair : oui aux renouvelables, mais avec un rythme ajusté à la réalité économique et technique du moment.
Ainsi, la France continue d’investir dans une électricité verte et française, tout en cherchant à sécuriser son système électrique.
Éolien en mer : cap sur 15 GW en 2035
Parmi toutes les filières renouvelables, c’est l’éolien en mer qui bénéficie de l’impulsion la plus forte. L’objectif est fixé à 15 GW installés d’ici 2035, avec une montée en puissance progressive dès 2030 (3,6 GW visés).
Pourquoi ce choix ?
Parce que l’éolien offshore présente plusieurs atouts structurants :
- une production abondante et plus régulière que l’éolien terrestre ;
- un fort potentiel industriel sur les façades maritimes françaises ;
- des retombées économiques locales (construction, maintenance, ports, emplois).
Pour la transition énergétique, l’éolien en mer devient clairement un axe stratégique de la production d’électricité renouvelable en France.
Solaire photovoltaïque : une progression encadrée
Le solaire photovoltaïque continue sa progression, mais à un rythme plus prudent que celui évoqué dans les premières versions de la stratégie.
Les nouveaux objectifs sont :
- 48 GW installés en 2030 ;
- entre 55 et 80 GW en 2035.
À titre de comparaison, la France dispose aujourd’hui d’environ 30 GW installés.
La fourchette large pour 2035 traduit une volonté d’adaptation. La trajectoire pourra évoluer selon la demande en électricité, les coûts et les décisions politiques futures, notamment via la clause de revoyure en 2027.
Certains acteurs du secteur regrettent un ralentissement. Le gouvernement, lui, met en avant la nécessité d’éviter les déséquilibres du réseau et de maîtriser les finances publiques. Dans tous les cas, le photovoltaïque reste appelé à jouer un rôle central, notamment en autoconsommation et sur les bâtiments.
Éolien terrestre : priorité au repowering
L’éolien terrestre n’est pas abandonné. Mais sa croissance passe désormais davantage par la modernisation que par la multiplication de nouveaux parcs.
Objectifs annoncés : 31 GW en 2030 et 35 à 40 GW en 2035.
Aujourd’hui, le parc français se situe autour de 24–25 GW.
La stratégie privilégie le repowering : remplacer des éoliennes existantes par des modèles plus puissants et plus performants. Produire plus, avec moins de machines.
C’est une manière plus pragmatique d’augmenter la production d’électricité éolienne.
Hydroélectricité : relance et modernisation
Souvent moins commentée que le solaire photovoltaïque ou l’éolien, l’hydroélectricité reste pourtant la première source d’électricité renouvelable en France. C’est aussi une énergie pilotable, précieuse pour l’équilibre du réseau.
Avec la PPE 3, l’État affiche clairement sa volonté de relancer les investissements dans cette filière considérée comme souveraine. Dans les faits, la trajectoire vise 26,3 GW de capacités installées (STEP incluses) d’ici 2030, puis 28,7 GW d’ici 2035. Cela représente +2,8 GW supplémentaires.
Cette hausse passera principalement par :
- la modernisation et l’optimisation des barrages existants ;
- l’amélioration et la prolongation de certaines concessions (dont 640 MW supplémentaires sur des concessions actuelles) ;
- le développement et le renforcement des STEP (stations de transfert d’énergie par pompage).

Au-delà de l’électricité : biométhane, hydrogène et chaleur renouvelable
Même si l’électrification des usages est un pilier central de la PPE 3, certains secteurs ne peuvent pas basculer immédiatement vers le tout électrique. Aviation, industrie lourde, certains procédés thermiques, chauffage collectif… Pour ces usages dits “difficilement électrifiables”, d’autres solutions bas carbone doivent monter en puissance.
C’est tout l’enjeu des énergies bas carbone non électriques.
Biométhane : jusqu’à 82 TWh injectés en 2035
Le biométhane est un gaz renouvelable produit à partir de déchets agricoles, industriels ou ménagers. Injecté dans les réseaux de gaz existants, il permet de remplacer progressivement le gaz fossile importé.
La PPE 3 fixe une voie ambitieuse :
- 44 TWh injectés d’ici 2030 ;
- 47 à 82 TWh en 2035, contre environ 9 TWh aujourd’hui.
L’objectif est de réduire la dépendance au gaz importé tout en valorisant les ressources locales. C’est une logique de souveraineté énergétique, mais aussi de circularité des déchets.
Hydrogène : jusqu’à 8 GW installés
Autre levier stratégique : l’hydrogène.
La PPE prévoit :
- jusqu’à 4,5 GW de capacités d’électrolyse en 2030 ;
- et jusqu’à 8 GW en 2035.
Chaleur renouvelable : une montée en puissance massive
On parle beaucoup d’électricité. Pourtant, la chaleur représente plus de 40% de la consommation d’énergie en France.
La PPE 3 prévoit donc une forte progression de la chaleur renouvelable et de récupération :
- 297 TWh en 2030 ;
- entre 328 et 421 TWh en 2035, contre 172 TWh en 2023.
Cela passe notamment par :
- le développement des réseaux de chaleur ;
- l’essor de la géothermie ;
- le soutien aux pompes à chaleur ;
- la valorisation de la biomasse et de la chaleur fatale industrielle.
L’idée est de remplacer progressivement les chaudières fioul et gaz par des solutions bas carbone, tout en réduisant les importations d’énergies fossiles.
PPE 3 et électricité verte française : un choix concret dans un système en mutation
Avec la PPE 3, l’État confirme une orientation claire : la France doit produire davantage d’électricité décarbonée, réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées et électrifier progressivement les usages du quotidien.
Aujourd’hui déjà, l’électricité française est l’une des plus décarbonées d’Europe, grâce à la combinaison du nucléaire et des énergies renouvelables. La nouvelle programmation prépare l’avenir et la montée en puissance des besoins en électricité.
Pour les particuliers, cela signifie que l’électricité va prendre une place encore plus centrale dans les années à venir. Chauffage via les pompes à chaleur, mobilité électrique, logements plus performants… la stratégie nationale repose sur une croissance de l’électrification des usages.
Dans ce contexte, choisir dès à présent une électricité verte française ne relève plus uniquement d’une démarche symbolique. C’est aussi une manière cohérente d’accompagner cette trajectoire nationale, en soutenant le développement des filières renouvelables implantées sur le territoire et en participant à un modèle énergétique plus souverain.
Autrement dit, la transition énergétique ne se joue pas seulement dans les décisions gouvernementales ou les grands chantiers industriels. Elle se joue aussi dans les décisions du quotidien.
Pour aller plus loin
Fournisseur d’électricité : TRV ou offre de marché que choisir ?
Une offre à prix fixes garantis de la part de l’électricité, sans engagement
Comment changer de fournisseur d’électricité ?
Renforcement de la transparence : ce que changent les nouvelles règles de la CRE
Comment se compose le tarif de l’électricité ?
Sources
- Site officiel du gouvernement – PPE 3 : la nouvelle feuille de route énergétique de la France ↩︎
- Communiqué de presse – La CRE salue la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie 3 (PPE3) ↩︎
- Communiqué de presse – Le Gouvernement publie la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, une stratégie pour la souveraineté énergétique de la France ↩︎